Le réveil sonna à six heures. Marilyn, s'extirpa du lit. Elle devinait la cafetière qui fumait dans la cuisine. Sa mère s'était levée tôt pour tout préparer.

Elle croisa son père sur la terrasse. Le temps d'une dernière bise. Elle le vit s'éloigner vers sa grange, l'échine légèrement courbée.

Marilyn détestait le dimanche. En premier lieu parce ce qu'il précédait le lundi. Ce jour funeste où il faut retourner accomplir des tâches aussi ingrates qu'inutiles en échange d'un pécule censé vous permettre de vivre décemment. Elle détestait également le dimanche pour son paradoxe temporel. Le temps s'écoule lentement, alors que la journée se meurt beaucoup trop rapidement.

La journée s'annonçait chaude. Il ne fallait pas compter sur le faible courant d'air brulant qui soufflait par intermittences pour rafraîchir l'atmosphère. Une buse dessinait des cercles dans le ciel. Son cri strident la suivait. Pas un nuage à l'horizon.

Gracieuse comme une libellule, la 2 CV doubla, dans un bruissement d'ailes à peine audible, la Porsche noire qui semblait collée au bitume telle une lourde mouche à l'agonie... 

Je suis bi. Bipolaire. Bisexuelle. Bilingue. Binoclarde. J'aime le pain bis. Je passe la chanson « Initials BB » en boucle. J'adore BB King. Je rêve de monter sur un grand bi. Certains prétendent que je suis bizard, voire zarbi. Et alors? Qui ne l'est pas?

J'ai un défaut. Je n'arrive pas à choisir. Entre le fromage et le dessert. Entre la femme et l'homme. Entre boire et conduire. Entre noir et blanc. Entre Laurel et Hardi. Grosso et modo. Tintin et Spirou. Boule et Bill. Beatles et Stones. Belle et Sébastien.

« Kikou mes zamours, je vous souhaite de passer une excellente journée ».

A peine levée, tu envoies ton message. Une habitude que tu as prises depuis quelques mois pour rassurer tes aficionados.

Puis tu allumes la télé avant de préparer ton bol de céréales.

Je pars demain.

Père m'a répété ses conseils avisés. Me méfier. Me protéger. Prendre soin de Moi. Mère a versé ses larmes de crocodile en me serrant dans ses bras. Mes sœurs m'ont couvert de baisers. Mes frères ont eu du mal à cacher leur émotion.

Une fille. Un livre.

Juchée sur un tabouret, la fille dévore un roman. Rien d'autre n'existe.

Sur le guéridon, devant elle, les vestiges d'un repas. Une feuille de salade. Quelques frites. Des miettes de pain. Un verre de vin à moitié plein. Et à côté de l'assiette, un smartphone dont elle caresse l'écran de temps à autres. Attend-elle un message? Un appel? A moins qu'elle surveille l'heure?

Une fille.

Trois garçons.

Une foule de possibilités.