Le réveil sonna à six heures. Marilyn, s'extirpa du lit. Elle devinait la cafetière qui fumait dans la cuisine. Sa mère s'était levée tôt pour tout préparer.

Elle croisa son père sur la terrasse. Le temps d'une dernière bise. Elle le vit s'éloigner vers sa grange, l'échine légèrement courbée.

Marilyn détestait le dimanche. En premier lieu parce ce qu'il précédait le lundi. Ce jour funeste où il faut retourner accomplir des tâches aussi ingrates qu'inutiles en échange d'un pécule censé vous permettre de vivre décemment. Elle détestait également le dimanche pour son paradoxe temporel. Le temps s'écoule lentement, alors que la journée se meurt beaucoup trop rapidement.

La journée s'annonçait chaude. Il ne fallait pas compter sur le faible courant d'air brulant qui soufflait par intermittences pour rafraîchir l'atmosphère. Une buse dessinait des cercles dans le ciel. Son cri strident la suivait. Pas un nuage à l'horizon.

« Salope ».

Tu aurais préféré une autre expression, beaucoup moins connotée. Quelque chose qui correspond davantage à la situation. On ne se prend pas un couteau dans le ventre tous les jours. Décidément, l’originalité n’est pas son fort.

Quand il vacille, tu n’essaies pas de le retenir. Tu le laisses s’affaler sur le carrelage de la cuisine. Grotesque. Tu as lu quelque part que le corps d’un homme contient entre cinq et six litres de sang. En combien de temps va-t-il se vider ?

Ce matin, je suis en vrac. J’ai la tête dans le cul. Une expression qui résume bien la situation. Je m’extrais du lit avec difficulté, me traîne jusqu’à la douche, avale un café tiède, saute dans un costard. Depuis que Mylène s’est tirée avec les gosses, je vis seul. Tranquille. Personne ne vient m’emmerder avec les boîtes de pizza qui s'empilent ni avec les canettes de bière. Encore moins avec les poils dans la baignoire. Je suis libre, enfin. Je peux laisser la lunette des chiottes levée. Je peux même pisser à côté. La belle vie !

Gracieuse comme une libellule, la 2 CV doubla, dans un bruissement d'ailes à peine audible, la Porsche noire qui semblait collée au bitume telle une lourde mouche à l'agonie... 

Et si l’on parlait d’autre chose,

Et si l’on pensait à autre chose,

Je pars demain.

Père m'a répété ses conseils avisés. Me méfier. Me protéger. Prendre soin de Moi. Mère a versé ses larmes de crocodile en me serrant dans ses bras. Mes sœurs m'ont couvert de baisers. Mes frères ont eu du mal à cacher leur émotion.

Une fille. Un livre.

Juchée sur un tabouret, la fille dévore un roman. Rien d'autre n'existe.

Sur le guéridon, devant elle, les vestiges d'un repas. Une feuille de salade. Quelques frites. Des miettes de pain. Un verre de vin à moitié plein. Et à côté de l'assiette, un smartphone dont elle caresse l'écran de temps à autres. Attend-elle un message? Un appel? A moins qu'elle surveille l'heure?