Un beau roman, une belle histoire

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Tout ça pour ça ?

En tant que lecteur, je ne me focalise pas sur l’histoire. Je ne suis pas un adepte des rebondissements, ni des coups de théâtre. C’est la raison pour laquelle je lis peu de polars en dehors de ceux de Fred Vargas qui a le don de s’attacher aux détails pour installer une atmosphère. En général, les révélations finales me laissent dubitatifs. Tout ça pour ça ? Je suis souvent déçu.

Je préfère m’attacher à l’ambiance, aux personnages, au sujet et au style de l’auteur. La meilleure des histoires présente peu d’intérêt lorsque ces ingrédients ne sont pas réunis. Inversement, de bons romans ne reposent pas sur une intrigue. Difficile de raconter 1Q84 de Haruki Murakami. Certains chefs d’œuvre peuvent se résumer en quelques mots. Madame Bovary. L’éducation sentimentale. Dans ces épais romans, l’histoire s’étire à n’en plus finir, mais à mon plus grand plaisir.

Pourquoi s’imposer des contraintes ?

En tant qu’auteur, je ne pars pas d’une histoire, mais d’un sujet, d’un personnage, de quelques scènes. Lorsque je commence à écrire je ne sais pas où les mots vont me conduire. Parfois, au bout d’une vingtaine de pages, je me rends compte que je n’ai plus rien à dire. Je suis bloqué. Les personnages ne m’inspirent plus. J’ai pris une mauvaise direction. Alors je jette l’éponge pour passer à autre chose.

Si je passe cet obstacle, le roman se construit petit à petit jusqu’à constituer un ensemble à peu près cohérent. Les personnages s’affirment. Certains disparaissent. Des thèmes se développent, empruntent une direction inattendue.

Parfois, c’est la structure du roman qui change. Un nouveau découpage s’impose. Un détail prend de l’importance, ouvrant de nouvelles perspectives. Il me faut alors tout reprendre, tout réorganiser.

Je ne construis pas de plan. Je ne rédige pas de fiche. Pourquoi s’imposer des contraintes ? Pourquoi s’obliger à suivre une ligne ? J’écris pour sortir du quotidien que je trouve trop balisé. Ce n’est pas pour m’inventer de nouvelles normes.

Le résumé

En contrepartie, je peine à terminer mes romans, n’ayant pas d’objectif à atteindre. En général, je préfère les fins ouvertes qui permettent au lecteur d’imaginer la suite. Je me refuse à proposer toutes les clés.

Au dernier moment une scène finale, vers laquelle je pousse mes personnages, finit par s’imposer. Originale. Imprévisible. Celle qui laissera le lecteur sur sa faim.

Autre point négatif, le résumé. Comment donner envie à un lecteur de se jeter sur mon chef d’œuvre ? J’ai beau chercher un angle, un point de vue, une intrigue, je sèche à tous les coups. Généralement les résumés que je fournis ne me satisfont pas. Ils ne reflètent qu’une partie du roman.

Déconstruire

Récemment un scénario m’a été réclamé pour « Les mazurkas ». Ce mot étant pour moi lié au monde du cinéma, j’ai mis du temps à comprendre la demande. Devais-je développer le pauvre résumé que j’avais déjà produit ? Devais-je extraire les dialogues ? Mystère et boules de gommes.

Après quelques hésitations, j’ai fini par proposer une intrigue où transparaît une ligne directrice. En en gros, une histoire. Compte tenu de la structure éclatée du roman, j’ai dû le déconstruire afin d’en extraire l’essence. A ma grande surprise, le résultat tient la route. J’ai créé une histoire.

Remettre à plat

Avec le recule, je pense que cet exercice n’a pas été vain. Il m’aura permis de remettre à plat Les mazurkas. J’envisage de renouveler l’expérience pour mon roman suivant, « Entre-deux » dont je viens d’achever le premier jet après un an d’écriture. Peut-être même que je rédigerai des fiches, le nombre de personnages ayant explosé par rapport aux mazurkas.

Mon apprentissage se poursuit.