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Je suis bi. Bipolaire. Bisexuelle. Bilingue. Binoclarde. J'aime le pain bis. Je passe la chanson « Initials BB » en boucle. J'adore BB King. Je rêve de monter sur un grand bi. Certains prétendent que je suis bizard, voire zarbi. Et alors? Qui ne l'est pas?

J'ai un défaut. Je n'arrive pas à choisir. Entre le fromage et le dessert. Entre la femme et l'homme. Entre boire et conduire. Entre noir et blanc. Entre Laurel et Hardi. Grosso et modo. Tintin et Spirou. Boule et Bill. Beatles et Stones. Belle et Sébastien.

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« Kikou mes zamours, je vous souhaite de passer une excellente journée ».

A peine levée, tu envoies ton message. Une habitude que tu as prises depuis quelques mois pour rassurer tes aficionados.

Puis tu allumes la télé avant de préparer ton bol de céréales.

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— On se connait.

— Je ne crois pas.

— Je suis sûre qu'on se connait.

— Je suis sûr du contraire.

Hugo posa sa fourchette. L'adolescente qui venait d'interrompre son repas (une entrecôte géante, des frites, une bière) se tenait devant lui, solidement campée sur ses deux jambes. Elle avait abandonné la table de ses amis, pour traverser la salle du restaurant dans le seul but de l'importuner. Une gamine comme les autres. Toute en noir. Blouson. Pantalon. Bottines. Seules les lèvres apportaient une touche de rouge. Elle arborait le regard insolent des filles de sa génération qui croient que tout leur est dû.

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Un couple dans un restaurant, face à face.

Derrière la vitre, une plage caressée par les vagues grises.

La nuit est tombée.

Il pleut.

Dans le lointain, un phare balaie l'horizon.

Chacun se laisse porter par ses pensées:

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Je ne suis personne. Je n'existe pas.

Sans famille, ni ami, ni amour. Personne ne me voit, ne m'entend, ne me remarque. Je suis transparent, invisible. Je ne travaille pas, faute d'avoir su me vendre. Car comment vendre ce qui ne se voit pas?

Je sors rarement chez moi. Un appartement que je loue pour une bouchée de pain. Je me contente de peu. La télé. L'ordinateur. Le lit. Le canapé. Je ne suis pas exigeant. Le téléphone quant à lui fonctionne peu, à l'exception des démarcheurs que je reçois avec une volée d'insultes. En revanche, j'accueille les sondeurs avec plaisir. Je leur sors les réponses les moins cohérentes, histoire de pourrir leurs résultats.

Je vis au travers des images que me déversent les écrans. La télé. L'ordinateur. Je ne peux pas m'en passer. Mon principal plaisir consiste à poster des commentaires sur le web, à déclencher des polémiques, à pourrir les échanges, à entretenir la morosité. On m'appelle le troll.

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La complainte du progrès

Ce soir, Cendrine en a marre. Ras le bol de cette poêle qui accroche, de cette sauce tomate qui colle au fond de la casserole, de cet évier qui déborde. Ras le bol du lave-vaisselle, du frigo, du lave-linge. Remplir. Vider. Remplir Vider. Remplir. Vider...Ras le bol de cette cuisine qui lui sort par les yeux, de cette toile cirée qui poisse, de ces meubles trop rouges, de ce sol trop gris, de ce macaroni qu'elle vient de pulvériser avec le talon. Ras le bol de cette maison qu'il faut aspirer, lessiver, épousseter, ranger, gérer, entretenir. Ras le bol de cette larve de mari qui somnole dans le canapé, une main sur la télécommande, un doigt dans le nez et les pieds sur la table basse. Ras le bol des enfants, des chamailleries incessantes, des jérémiades, des cris, des pleurs, de l'école, du goûter, des devoirs, des repas interminables, de la toilette, des négociations permanentes pour faire ceci ou cela, de l'histoire qu'il faut raconter pour la millième fois, des jouets à enjamber, des affaires à ramasser....

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Je me souviendrai toujours de cette pizzéria ambulante qui venait stationner sur la place de l'église, deux fois par semaine. Le mercredi et le vendredi. Quel que soit le temps. Quel que soit la saison. A croire que Marcello ne prenait jamais de vacances. Il était toujours présent. Jovial. Sympathique. Un brin mystérieux.

De seize à vingt-deux heures, les clients se succédaient. Ses pizzas valaient le détour. Certains pouvaient parcourir plusieurs kilomètres pour les déguster.

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Lundi 14 juin, salle Églantine, 11h53

Gilbert ronge son frein. Depuis bientôt deux heures qu'elle dure, cette fichue réunion, il n'a pas prononcé un mot. Comme d'habitude. Autour de la table les invectives pleuvent. Les reproches fusent. Un parfum de règlement de compte se répand. Les intervenants s'étripent, pour la forme. Parce qu'il faut bien justifier son salaire.

Gilbert attend. De l'autre côté de la baie vitrée, le soleil brille. Un groupe d'enfants longe le trottoir. Deux par deux. Ils se tiennent par la main. Trois adultes les guident. C'est la saison des sorties scolaires.

Gilbert griffonne des arabesques sur son cahier en regrettant de ne pas savoir dessiner. Des caricatures, par exemple. Il n'aurait pas manqué de matière.

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J'adore le béton. Avec lui, on peut tout construire. Des tours. Des centres commerciaux. Des ponts. Des routes. Des tunnels. Des ports. Des aéroports. Des bunkers. Et cet appartement que j'occupe depuis la vente de ma maison, il y a quinze ans déjà. Entre temps, ma douce moitié s'en est allée après quatre décennies de vie commune. Pas très loin. Dans une urne, posée sur le buffet. C'est pratique pour discuter. Je lui commente l'actualité. Je lui donne des nouvelles de nos trois fils et de nos cinq petites filles, quand j'en reçois.

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Comme chaque midi, Joël ouvrit son livre. Il appréciait ce moment privilégié, cet instant rare. Coupé du temps. Loin de tout. Il pouvait s'enfermer dans sa bulle, le temps d'un chapitre. Ou deux. Sur la table, les reliefs du repas attendaient qu'un serveur veuille bien les emporter. Ce qui ne devait guère tarder.

Le personnel avait appris à respecter son intimité. Il commandait le plat du jour. Jamais rien de plus. Pas de vin. Pas de café. Il disposait ainsi d'un minimum de temps pour lire.

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Ce matin, Vanina doit se lever tôt. Dix heures trente. La nuit a été courte. Ursule ne voulait pas partir. Elle a dû le pousser dehors à trois heures. Pas question de le laisser dormir ici. Une règle qu'elle impose à tous ses visiteurs.

Elle passe directement du lit à la salle de bain. Une rude journée l'attend. Trois rendez-vous. D'habitude, elle se limite à deux. Mais elle n'a pas su résister aux différents arguments. Ni à l'appât du gain. Personne n'est parfait.

Face au miroir, elle inspecte son outil de travail. La poitrine. Le ventre. La taille. Les cuisses. Les fesses. Tout semble normal. A l'exception des cernes sous les yeux et de ces poils qui commencent à pousser autour du pubis. Une épilation laser s'impose. Sa silhouette frôle la perfection. Ses géniteurs ont bien oeuvrés.

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Aujourd'hui, Guillaume peut se targuer d'avoir réussi un coup de maître. Vendre sa start up. Empocher une fortune. Prendre des parts dans l'une des plus importantes société de la silicon Valey. L'avenir lui appartient.

Pour fêter l'évènement, il s'est offert une suite dans l'un des hôtels les plus luxueux de San Francisco. Tout en haut. Après des années de vaches maigres, Guillaume peut désormais en profiter. Vider le bar. S'installer sur la terrasse avec une bouteille. Observer le monde d'en haut.

Un verre de cognac à la main, il attend que le soleil se couche. Rouge. A ses pieds, la ville palpite. Une par une les lumières s'allument, comme autant d'étoiles. Des constellations se dessinent irriguées par les artères étincelantes.

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Je suis un tueur, un assassin. Je nettoie. Je désinfecte. Je supprime. J'élimine. J'éradique. J'extermine. La vermine. Les nuisibles. Les parasites. Je travaille pour le bien de l'humanité. Pour sa préservation. J'agis pour les générations futures. J'attends d'ailleurs une récompense, la légion d'honneur, un prix Nobel de la Paix. Ce serait la moindre des choses.

Grâce à l'héritage de mes parents, je ne manque pas de ressources. Leur assurance vie était bien fournie. Et leur maison a facilement trouvé preneur. Je suis à l'abri du besoin pour un moment. Ils ont péri dans un accident de voiture sur une petite route de montagne. Un virage trop serré. Le soleil en face. Et une malencontreuse flaque d'huile. Ils ont filé tout droit dans le ravin. Aucune chance d'en réchapper. Seule déception, le véhicule n'a pas explosé comme cela se produit dans les films. Il s'est juste écrasé sur les rocher après un magnifique vol plané. Au moins, ils ont pu profiter du spectacle.

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Le commissaire Modoc n'en croit pas ses yeux. Étendue dans son linceul, le corps de celle qui se faisait appeler Yuma n'a pas changé. Jeune. Désirable. Une chevelure de jais. Abondante et luxuriante. De longues jambes. Et surtout cette poitrine généreuse qui attire l'attention. Les vers n'ont pas eu le temps de commencer leur travail. Sans cette trace violette au niveau du cou, on pourrait croire qu'elle dort.

La police scientifique étudie la fosse d'où le corps a été extrait. Une tombe que le commissaire s'est donné du mal à creuser le week-end précédent. Il en a bavé. Une nuit d'effort. Des heures à manier la pelle à main qu'il utilise d'habitude pour planter les géraniums de son balcon. Mais entre le terreau des jardinières et le sol de la forêt, la tâche s'est avérée plus rude que prévu. Après des mois de sécheresse la terre ressemble à du béton. Pourquoi ne s'est-il pas contenté de jeter le corps dans la flotte? Les conséquences n'auraient pas pu être pires.

 

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Ce matin, tu te dis que quelque chose a changé. La ville, hier encore déserte, s'est brusquement animée. Un cortège d'irascibles véhicules a envahi les rues. Les premiers klaxons résonnent. Les enfants étrennent leur nouveau cartable, encadrés par leurs parents inquiets.

C'est la rentrée.

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Calie ne supportait pas le bus. Tous ces gens qui se pressaient. Tous ces jeunes qui piaillaient, se bousculaient, s'interpelaient. Tous ces regards qui la traversaient.

De loin, elle préférait sa titine. Toute petite. Toute mignonne avec ses chromes et son toit rouge. Mais ce matin, la voiture se laissait dorloter par le garagiste. Un homme charmant aux mains maculées de cambouis qui avait promis de faire son possible pour réparer ce pare choc malencontreusement cabossé.

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Ce matin, Nathan ne peut pas se lever. Il voudrait bien, mais il ne peut pas. Ses muscles ne répondent plus.

Lorsque le réveil s'est déclenché, il n'a pas pu l'arrêter. Depuis quand sonne-t-il ainsi? Dix minutes? Une heure? Davantage? Il va quand même finir par s'arrêter.

Il est allongé sur le dos. Les bras étendus le long du corps, de chaque côté. Tel un gisant. Il ne peut pas remuer la tête.

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Juliette ne sais pas où dormir ce soir. Toute la journée elle a erré dans la galerie marchande, passant d'un recoin à l'autre afin de ne pas attirer l'attention. Les vigiles sont tellement suspicieux de nos jours.

Les boutiques se sont peu à peu vidées. Les rideaux commencent à descendre. Il va falloir trouver une solution. Quelqu'un va bien finir par la jeter dehors. Et l'idée de passer la nuit sur la dalle ne l'enchante guère.

La faim commence à la travailler. Son estomac brasse du vide. Difficile de ne pas y penser. Pour tout repas, elle s'est contenté d'un jambon beurre, en fin de matinée. Et depuis plus rien. Elle ne veut pas casser son dernier billet.

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Je me sens vraiment con, là. Étendu sur l'asphalte. Bêtement. Un pigeon me survole. Pourvu qu'il ne me chie pas dessus. Ce serait le comble. Où sont mes lunettes de soleil? Et mon téléphone? Une femme entre dans mon champ de vision. Inquiète.

Elle me demande si ça va. Tout va bien. Pourquoi cela n'irait-il pas? J'avais juste envie de faire une sieste au milieu de la rue. J'essaie de lui répondre. Mes lèvres ne remuent pas. Ma langue non plus. Les mots restent bloqués dans ma gorge. Merde.

Je ne comprends pas ce qui m'arrive. Impossible de bouger. Ne serait-ce qu'un orteil. Et pourtant je n'ai pas mal. Aucune douleur. Rien. Je respire. C'est déjà ça.

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Sissi327 se présenta à la brasserie avec un quart d'heure d'avance. Après avoir exploré la salle du regard, elle jeta son dévolu sur une banquette en moleskine rouge, idéalement située, face à la porte. Elle commanda un thé, sortit le livre de son sac et prit son mal en patience.

De son poste d'observation, elle pouvait suivre les allers et venues de l'hétéroclite clientèle. Rien ne lui échappait.

Depuis son inscription sur Happeec, le site des célibataires dynamiques, Sissi327 n'avait encore rencontré personne. Exigeante, elle avait rejeté toutes les propositions. Mais cette fois, c'était différent. Vador421 répondait aux critères. Intelligent. Stable. Expérimenté. Doté d'un sens de l'humour désopilent. Cultivé. Patient. Et surtout, fiable. Il ne s'était pas montré empressé, à la différence des autres prétendants. Des hommes frustrés capable de sauter sur la première venue. 

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Rémi ne comprenait pas pourquoi ses parents l'avaient inscrit au foot. Lui qui n'avait jamais regardé un match à la télé, ni mis les pieds dans un stade. Quand il leur avait posé la question, sa mère s'était contentée de répondre « pour ton bien ». Et son père avait ajouté « tu ne peux pas passer ta vie dans les bouquins ».

Quelles drôles d'idées.

Les arguments suivants ne l'avaient guère convaincu:

« Tu dois faire du sport ».

« Tu vas rencontrer de nouveaux copains ».

« Tu te sentiras mieux »

Pourtant Rémi, ne se sentait pas si mal que ça. Il se sentait même beaucoup moins bien depuis qu'on l'obligeait à taper dans un ballon, chaque mercredi après-midi.

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Lundi matin, cafétéria.

Yvan contemple la machine à café. Pas rasé, le cheveu hirsute, il attend son tour, prêtant une oreille distraite aux divagations de ses collègues.

Chacun raconte son week-end.

Un marathon pour le premier. La piscine avec les enfants pour le second. Du jardinage pour un autre.

–     Et toi?

Yvan hésite un instant avant de répondre:

–     Rien de spécial.

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Cinq mai. Aujourd'hui, tu fêtes tes cinquante-cinq ans. La coïncidence des chiffres t'interpelle, même si tu n'es pas superstitieuse. Tu la prends comme un signe du destin.

Le bus démarre brutalement. Ligne cinq. Tu te cramponnes à la barre pour ne pas tomber, en pestant contre ces conducteurs qui doivent être payés en fonction du nombre de passagers estropiés. Une histoire d'horaires à respecter, sans nul doute. Ou de chiffres.

Tu laisses derrière toi la prison où tu animes un atelier d'écriture. Comme à chaque fois, tu te sens oppressée. Il y a de quoi. Les gardiens. Les fouilles. Les sas. Le bruit des clés. Et toutes ces portes qu'il faut ouvrir et fermer. Cet univers t'angoisse. Le contraire serait anormal.

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6 juin 2021

 Ce matin, Samir est inquiet. Il a dû sécher ses cours pour assister au procès de son père. En comparution immédiate. Après une semaine de garde à vue. Pour terrorisme. Sur dénonciation.

Samir ne comprend pas. Son père n'a jamais fait de mal à une mouche.

Cet ancien architecte multiplie les petits contrats sur des chantiers. Une semaine. Un jour. Rarement plus. Dans le froid ou la chaleur. Peu payé. Souvent au noir. A peine de quoi nourrir sa famille. Honnête comme personne, à la limite du raisonnable. Soucieux de ne pas se faire remarquer, de toujours agir comme il faut.

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