Le réveil sonna à six heures. Marilyn, s'extirpa du lit. Elle devinait la cafetière qui fumait dans la cuisine. Sa mère s'était levée tôt pour tout préparer.

Elle croisa son père sur la terrasse. Le temps d'une dernière bise. Elle le vit s'éloigner vers sa grange, l'échine légèrement courbée.

Marilyn détestait le dimanche. En premier lieu parce ce qu'il précédait le lundi. Ce jour funeste où il faut retourner accomplir des tâches aussi ingrates qu'inutiles en échange d'un pécule censé vous permettre de vivre décemment. Elle détestait également le dimanche pour son paradoxe temporel. Le temps s'écoule lentement, alors que la journée se meurt beaucoup trop rapidement.

Le réveil fut difficile. Marilyn tarda à reprendre pied. La chaleur. Les neurones. Les articulations. Tout l'accablait. Avec cette désagréable impression d'être passée sous un rouleau compresseur. Le moindre geste réclamait un effort.

Cet après-midi là, Marilyn n'aurait jamais dû se rendre chez son amie. Elle n'aurait jamais dû pousser le portail, ni s'engager dans l'allée après avoir constaté que la voiture de Sabine ne s'y trouvait pas. Elle n'aurait pas dû s'approcher de Pierre, ni lui tendre sa joue pour une bise, encore moins se déshabiller devant lui avant de sauter dans la piscine.

La journée s'annonçait chaude. Il ne fallait pas compter sur le faible courant d'air brulant qui soufflait par intermittences pour rafraîchir l'atmosphère. Une buse dessinait des cercles dans le ciel. Son cri strident la suivait. Pas un nuage à l'horizon.

Quelques coups de pédales plus tard, elle retrouva sa mère, en train d'équeuter des fraises sur sa table de cuisine.

Ta sœur compte sur toi pour ce soir.

Elle est assez grande pour sortir seule.

Après une nuit calme, Marilyn gonfla les pneus de son biclou, l'enfourcha, et s'engagea sur la route qui menait au village. Instantanément, elle retrouva les réflexes, changeant de braquet aux bons endroits, relançant la mécanique où il fallait, mettant à profit les descentes pour reprendre des forces. Les cheveux au vent. Les muscles acérés. Le souffle réglé. Son sac à dos, pourtant vide, lui tenait chaud. Mais l'air tiède lui caressait le visage.

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