29 - Nuit de folie

La Lignade
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Le réveil fut difficile. Marilyn tarda à reprendre pied. La chaleur. Les neurones. Les articulations. Tout l'accablait. Avec cette désagréable impression d'être passée sous un rouleau compresseur. Le moindre geste réclamait un effort.

Elle roula sur le côté à la recherche d'une position confortable. Sa robe dorée la grattait. Une odeur désagréable l'enveloppait. Un mélange de crasse, d'alcool, de sang et de sexe.

Se lancer dans des galipettes sur une banquette arrière de l'Ariane n'était plus de son âge. Mais elle n'avait pas pu résister. La tentation était trop puissante. Un irrésistible éphèbe. Une peau douce, dorée comme une brioche. Un sourire éclatant. Un regard brulant. Elle n'avait pas pu résister.

La soirée avait pourtant mal commencé. Par un pressentiment. Dès le début Marilyn avait craint le pire. Le poids des regards qui se posaient sur cette robe trop courte, imposée par Brigitte. Les allusions. Les plaisanteries vaseuses. L'ambiance faussement conviviale. La chaleur étouffante. Le groupe folklorique. L'accordéon. Et cette choucroute tiède qui lui était finalement restée sur l'estomac.

Les deux sœurs avaient partagé la table d'une Sabine affublée de son habituel costume. Plus personne ne s'étonnait de cette coiffe en dentelle, ni de ces sabots roses fluo. On était loin des années quatre-vingts.

Tandis que sa femme déversait son habituel flot de banalités, Pierre avait glissé un pied entre les cuisses de Marilyn. Une habitude qu'ils avaient prise depuis longtemps. Un jeu dangereux, tellement excitant. Un petit plaisir qu'ils s'offraient dès que l'occasion se présentait.

Plus tard, ils s'étaient lancés dans une salsa. En souvenir du bon vieux temps. Une danse torride. Collés l'un à l'autre. Front contre front. Mains baladeuses. Ventres soudés. Mais Sabine qu'ils avaient pourtant vu partir avec les enfants était intervenue, furibarde. La dispute avait éclatée. Marilyn en avait pris pour son grade.

C'est ainsi qu'elle avait suivi Brigitte dans l'une des virées dont elle gardait le secret. Un bar, où elles avaient retrouvé le dernier soupirant de l'agricultrice. Un étudiant en droit international qui rêvait d'éliminer les paradis fiscaux. Plutôt beau gosse. Avec tout ce qu'il faut pour séduire.

La soirée s'était ensuite poursuivie dans cette nouvelle boite de nuit dont tout le monde parlait pour s'achever sur la banquette arrière de l'Ariane. L'étudiant s'était alors montré à la hauteur, malgré les ressorts qui leur transperçaient le dos.

Mais la nuit s'était réellement terminée à la ferme de Brigitte. Dans le sang de la génisse qui vêlait. Les deux sœurs firent leur possible pour l'aider, sans prendre le temps de se changer. Une situation qu'elles avaient souvent vécue. La nature n'attend pas.

Et ce n'est qu'au petit matin, qu'elle avait retrouvé son lit, fourbue, mais comblée.