32 - Au bout de la ligne droite

La Lignade
Typography

Le réveil sonna à six heures. Marilyn, s'extirpa du lit. Elle devinait la cafetière qui fumait dans la cuisine. Sa mère s'était levée tôt pour tout préparer.

Elle croisa son père sur la terrasse. Le temps d'une dernière bise. Elle le vit s'éloigner vers sa grange, l'échine légèrement courbée.

Brigitte quant à elle était déjà partie. Comme chaque matin. Les journées à rallonge ne l'effrayaient pas. Le manque de sommeil non plus. En tout cas, pas encore.

Marilyn rêvassa devant son bol. Comme à l'époque où elle ne voulait pas partir en classe. Elle prenait son temps, flemmardait, s'inventait des histoires. Jusqu'à ce que sa mère vienne la secouer.

L'idée de prolonger une seconde fois son séjour lui traversa l'esprit. Rien de passionnant ne l'attendait à trois heures de là. Des mails à lire. Des inepties à échanger avec des collègues indifférents. Et surtout, l'envie d'être ailleurs. Irrésistible.

La nuit avait été agitée. Ses idées confuses l'avaient maintenue en éveil. Ces choix qui la préoccupaient. Les bons. Les mauvais. Les décisions à prendre. Un examen de conscience qui l'avait menée aux premiers signes annonciateurs d'un jour nouveau. Quand le merle annonce que le soleil va se lever.

C'est à regret qu'elle déposa son sac dans le coffre ainsi que les victuailles que sa mère lui avait préparées. Le moment du départ lui posait toujours problème. Elle avait tendance à prolonger les adieux, inventant sans cesse de nouveaux prétextes.

Elle embrassa sa mère, jeta un dernier coup d'œil sur la maison, mit le contact, et s'engagea dans l'allée, le bras gauche passé par la vitre ouverte.

Il lui suffisait d'écouter la radio pour déterminer l'heure. En temps normal, elle commençait tout juste à s'éveiller à cet instant précis. Elle connaissait les programmes de cette station par cœur. Les infos. L'enchainement des chroniques. L'écologie. L'économie. La politique internationale. Un minimum de musique. Quelques pubs.

Le soleil brillait. Une nouvelle journée de canicule se préparait. Alerte orange.

Marilyn accéléra. Sa petite citadine suivait la route. Les virages. Les trajectoires. Rien ne pouvait la contrarier.

Sur le rond-point de la future zone d'activité, Marilyn pesta. Elle avait oublié d'envoyer un texto à Lucas. Un rituel qu'ils avaient établi quand elle voyageait seule. Quelle que soit l'heure.

La main gauche sur le volant, elle fouilla la besace qui lui faisait office de sac à main. Le téléphone s'était niché au fond. Elle l'alluma. Ses doigts glissaient sur le clavier. Le numéro de Lucas s'afficha. Elle chercha le J, le Je dans la liste.

La lignade se dessinait devant elle. Aucun danger à l'horizon.

Elle tapa, p, pa, par, pars.

Puis:

B...

La corne de brume attira son attention.

Trop tard.

Le camion était là.

Merde.