Textes courts

Je pars demain.

Père m'a répété ses conseils avisés. Me méfier. Me protéger. Prendre soin de Moi. Mère a versé ses larmes de crocodile en me serrant dans ses bras. Mes sœurs m'ont couvert de baisers. Mes frères ont eu du mal à cacher leur émotion.

Une fille. Un livre.

Juchée sur un tabouret, la fille dévore un roman. Rien d'autre n'existe.

Sur le guéridon, devant elle, les vestiges d'un repas. Une feuille de salade. Quelques frites. Des miettes de pain. Un verre de vin à moitié plein. Et à côté de l'assiette, un smartphone dont elle caresse l'écran de temps à autres. Attend-elle un message? Un appel? A moins qu'elle surveille l'heure?

Une fille.

Trois garçons.

Une foule de possibilités.

Tu es si belle sur cette photo. Ton regard ravageur. Ce rire dont les éclats résonnent encore à mes oreilles. Tes rides minuscules. Ton bronzage. Tes mèches rebelles. Tes créoles. Tes épaules nues. Ta chaîne en or à l'extrémité de laquelle pend ton porte bonheur.

Au premier plan, dans l'angle droit, une paille verte fluo. Floue. Incongrue. On se demande ce qu'elle fait là. Pourquoi cette couleur? Bizarre.

Putain!

C'est quoi, ce bordel, ce souk, ce raffut, ce bastringue?

Impossible de roupiller.

Pour une fois que je me couche tôt. Merde.

Les boules quies assourdissent à peine le boucan.

Mais que se passe-t-il?

Surtout, ne pas bouger. Rester calme. Ne pas attirer l'attention.

Ce serait trop bête de mourir aujourd'hui. Tu es trop jeune. Tu as encore beaucoup de choses à découvrir.

Tu essaies de réguler ta respiration.

Ta joue plaquée sur le carrelage.

Des petits pouvoirs naissent les petit chefs.

Des être insignifiants qui se prennent pour des lumières

Les petits chefs décrètent des règles,

Imposent des normes

Détiennent la vérité

Les petits chefs nomment les petits lieutenants

Des êtres médiocres que la lumière attirent

Les petits lieutenants obéissent aux petits chefs

Les flattent

Les vénèrent

Les petits lieutenants gardent les moutons

Des êtres veules qui croient aux mirages

Les moutons suivent les lieutenants

Les encouragent

Les servent

Puis viennent les autres

Les parias

Les bouc émissaires

Ceux qui refusent de se soumettre aux petits chefs

Et encore moins à leurs lieutenants

Mais qui leur sont bien utiles

Pour apeurer les moutons

Parfois les petits chefs se transforment en tyrans

Les lieutenants commandent les armées

Les moutons portent les fusils

Et les autres se font massacrer

Une fois par an, au mois d'août, nous allions passer l'après-midi à Chaumont. Nous longions la Loire par sa rive sud. Meung. Beaugency. Blois. Et Chaumont. Nous prenions notre temps. Rien ne pressait.

Nous allions visiter le festival des jardins, en parfaits citadins, passant d'une parcelle à l'autre, profitant du soleil. A chaque année, son thème et à chaque festival, ses surprises telles que ce jardin zen japonais dépourvu de végétation, ou cet autre, planté de parapluies ouverts. Les surprises ne manquaient pas.

Pendant des années, je l'ai croisée chaque matin, sur le chemin du bureau. Élancée. Brune. Elle affichait sa maturité avec simplicité. Toujours élégante. Jamais négligée. Des jupes en hiver et des pantalons en été. Des couleurs sombre. Toute en sobriété. D'un jour à l'autre, son allure ne variait pas. Son itinéraire non plus. Alors qu'il m'arrivait de changer parfois de trottoir au gré d'un rayon de soleil.

Cette inconnue respectait les passages protégés, patientait devant les feux tricolores, ne traversait pas la rue n'importe où comme il m'arrivait de le faire.

Xavier cherchait une idée pour son prochain texte; une nouvelle qu'il devait publier sur un site internet. Il avait beau se creuser les méninges, rien ne venait. Pas le moindre sujet. Pas la moindre phrase. Rien qui tienne debout. Tout ce qu'il écrivait finissait à la poubelle.

Il voulait quelque chose de percutant, d'original, d'inédit. Pas une de ces histoires mièvres qui lui venaient à l'esprit. Il gardait son objectif en ligne de mire. Marquer le lecteur. Le surprendre. L'amener à réfléchir tout en le distrayant. Vaste programme.

Cela faisait plusieurs mois qu'il n'avait rien produit de valable. Il entamait des histoires sans jamais  les terminer. La chute lui posait problème. Ses personnages s'évaporaient. Ces récits s'étiolaient. Il perdait le fil.

Jadis, les idées surgissaient du néant, au hasard d'une lecture ou d'une conversation. Une femme croisée dans la rue l'inspirait. Un article de  magasine débouchait sur un récit palpitant. Il suffisait de garder l'esprit ouvert. D'observer. De rester en veille. Aux aguets.

 J'avais écrit un texte super

Une histoire sordide

Une fille déglinguée,

Violée dans une cave

Dimanche après-midi de la fin du mois d'août. Une ville de province. Pas trop grande. Pas trop petite. Autour de la place circulaire, des terrasses, remplies de citadins qui profitent du soleil.

Sous un parasol, une table. Une fille. Un garçon. A peine sortis de l'adolescence.

Elle a choisi sa plus belle jupe. En corolle. Avec des fleurs. Assortie avec un top noir à bretelles spaghettis. Elle porte des sandales à brides. Noires également. A son cou, pend une chaîne. Au bout, un médaillon doré. Et à ses poignets, des bracelets scintillent.

Le réveil sonne.

J'ouvre un œil.

Le temps est pourri.

Bon courage.

Le radio-réveil se déclenche.

L'odeur du café m'interpèle.

Dehors il fait beau.

Au plaisir