Les jardins de Chaumont

Textes courts
Typography

Une fois par an, au mois d'août, nous allions passer l'après-midi à Chaumont. Nous longions la Loire par sa rive sud. Meung. Beaugency. Blois. Et Chaumont. Nous prenions notre temps. Rien ne pressait.

Nous allions visiter le festival des jardins, en parfaits citadins, passant d'une parcelle à l'autre, profitant du soleil. A chaque année, son thème et à chaque festival, ses surprises telles que ce jardin zen japonais dépourvu de végétation, ou cet autre, planté de parapluies ouverts. Les surprises ne manquaient pas.

La Loire coulait en contrebas sous les frondaisons, nous apportant un peu de fraicheur. De temps en temps, tu t'asseyais sur un banc pour te reposer, à l'ombre. J'en profitais pour prendre quelques clichés, avec parcimonie. Le numérique n'existait pas encore. Il fallait économiser la pellicule. Je cherchais le meilleur angle, la lumière idéale. Je peaufinais le cadrage. Désireux de ne rien perdre de cette précieuse journée.

J'appréciais ces moments privilégiés que nous partagions. Tous les deux. Avec ce sentiment qu'il fallait en profiter au maximum. Le temps était compté.

Après la visite, nous allions manger une glace dans la cours du château. Bizarrement, nous ne sommes jamais risqués à l'intérieur. Seuls les jardins nous intéressaient. Même si nous ne connaissions pas le nom de ces plantes qui nous émerveillaient tant. Mes compétences en matière d'horticulture se limitaient aux géraniums du balcon que je plantais dans de banales jardinières, à la belle saison.

D'année en année, ta santé déclinait. Tu t'étiolais. Une situation irrémédiable que je ne pouvais que constater. Tu passais de plus en plus de temps sur les bancs, épuisée, percluse de douleurs. Le moindre déplacement se transformait en parcours du combattant. Une racine. Une marche. Un trou. Un rien te déstabilisait. Tu chancelais. Je te soutenais.

Lors de notre dernière visite, tu es restée à l'entrée du festival, incapable d'aller plus loin. Le voyage t'avait épuisée.

Cela fait des années que je ne suis pas retourné à Chaumont. J'ai changé de région, de vie.

Et surtout, tu n'es plus là.