Une fille, trois garçons...

Textes courts
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Une fille.

Trois garçons.

Une foule de possibilités.

La fille porte un manteau court sombre qui laisse deviner une jupe encore plus courte. Deux jambes fines, gainées de noir qui s'achèvent par des bottines, tout aussi noires, l'arriment au sol. Une belle chevelure bien lisse lui descend dans le dos. Ses yeux trahissent une certaine douceurs. Ses longs cils papillonnent à intervalles réguliers. Sa fine bouche rose reste entrouverte sur de petites canines blanches.

Les garçons se la jouent décontracté Pantalons larges. Pull à capuche sous un blouson à capuche. Tennis montantes.

Le contraste entre la fille et ses compagnons est saisissant. Ils appartiennent pourtant à la même génération. Celle des smartphones et des jeux vidéo. Ce sont des jeunes. Une espèce qui fréquente peu les supermarchés en fin de journée.

L'un des garçons saisit une fougère, plantée dans un pot en plastic blanc. Il l'examine, la retourne, semble hésiter, pour finalement la montrer aux autres. Une discussion s'enclenche entre les trois garçons. La fille écoute les arguments, puis tranche. La fougère retrouve sa place dans le rayon. La même scène se déroule avec un cactus qui subit un sort identique.

Le groupe se rapproche ensuite des fruits. Les garçons parlementent. Un désaccord les opposent. L'un montre les pommes de la main. Le second semble préférer les ananas. Alors que le troisième opterait des poires. En dernier recours, la fille décident de prendre une mangue verte et un sac de clémentines.

Le manège se poursuit dans les autres rayons. A chaque fois l'un des protagonistes s'empare d'une marchandise qu'il finit par remettre à sa place, après conciliabule. La fille décide. Les garçons obtempèrent avant de se mouvoir vers un nouvel étal. Ils passent ainsi des pizzas aux oeufs, et de la rillette aux croques monsieur. Leurs bras se remplissent tout de même, peu à peu. L'idée d'utiliser un panier ne les effleurent pas. Ils sont tellement concentrés sur leur mission.

Le troupeau se scinde alors en deux. La fille part d'un côté, accompagné d'un acolyte. Les deux autres disparaissent à l'opposé.

Tu t'attends à quelque chose. Un signe de connivence ou de complicité. Un détail qui viendrait éclairer la situation sous un nouvel angle. Un frôlement. Un début d'intimité. Mais il ne se passe rien. Le groupe se reforme à l'endroit même où il s'était séparé. La fille présente un fromage, et les autres, un paquet de farine.

Ils se dirigent vers les caisses, s'immiscent dans une file d'attente, patientent. Les garçons discutent. A un moment, tu crois qu'ils vont chahuter. Tu surprends un coup de coude, une bourrade, un rire, aussitôt étouffé. Mais tout rentre dans l'ordre.

C'est la fille qui paie. Elle insère sa carte bancaire dans le lecteur et tape son code. Les garçons se partagent les achats.

La nuit les absorbent.

Tu les perds sur le parking.